
Face à la pénurie de greffons cardiaques et à l’augmentation des cas d’insuffisance cardiaque terminale, le cœur artificiel s’impose progressivement comme une alternative crédible pour maintenir les patients en vie en attendant une transplantation et, à terme, peut-être la remplacer.
Pour mieux comprendre les enjeux technologiques, cliniques et industriels liés à cette innovation de rupture, agap2 a interviewé Pauline Devaux, spécialiste clinique au plus près du terrain hospitalier.
« Il y a de moins en moins de greffes cardiaques, alors que le nombre de patients en insuffisance cardiaque terminale augmente. Les patients arrivent souvent très dégradés sur liste d’attente. Le cœur artificiel permet de leur donner du temps, de stabiliser leur état et de les maintenir en vie en attendant une transplantation. »
« Il s’agit d’un cœur artificiel total biventriculaire : on remplace les deux ventricules. Contrairement à certaines assistances à flux continu, notre dispositif génère un flux pulsatile, proche du fonctionnement d’un cœur natif. Ce choix technologique vise à se rapprocher au maximum de la physiologie humaine, afin d’améliorer la tolérance du dispositif sur le long terme. »
« La pulsatilité permet de reproduire une courbe artérielle très proche de celle d’un cœur naturel. L’autorégulation repose sur des capteurs de pression : la prothèse adapte automatiquement le débit cardiaque en fonction de l’effort du patient. Enfin, l’hémocompatibilité est assurée grâce à des matériaux biologiques, comme le péricarde bovin, pour limiter l’agression du sang et réduire les besoins en anticoagulation. Ces trois caractéristiques traduisent une ambition forte : allier performance technologique et sécurité clinique. »

« Les patients peuvent rentrer chez eux et reprendre une vie relativement normale : marcher, jardiner, voyager, conduire. Le dispositif externe fonctionne avec des batteries offrant plusieurs heures d’autonomie, et le changement se fait sans interruption d’alimentation. Au-delà de la technologie, le cœur artificiel représente un véritable pont vers la vie. »
« Les premières implantations nous ont beaucoup appris. Les patients étaient très sévèrement atteints, ce qui a permis d’identifier rapidement les axes d’amélioration : fiabilité des composants, réglages plus fins, meilleure anticipation des situations cliniques. Aujourd’hui, ces retours terrain nous permettent d’implanter des patients plus stables et d’envisager des durées de support plus longues. »
« La fiabilité technologique et la capacité de production. Le besoin médical est là, mais fabriquer un cœur artificiel reste extrêmement complexe sur le plan industriel. »
« C’est clairement l’objectif à long terme. Cela passera par encore plus de fiabilité, de miniaturisation et de recul clinique. On n’y est pas encore, mais c’est la direction. »

« Les enjeux sont multiples : industrialisation, accès au remboursement, formation des équipes, et acceptation par les patients. Le besoin médical est là, mais pour passer à l’échelle, il faut sécuriser l’ensemble de la chaîne, de la production à l’usage. C’est un projet global, pas uniquement technologique. »
Le développement du cœur artificiel total illustre l’évolution du secteur des dispositifs médicaux vers des solutions toujours plus intégrées, mêlant mécanique, électronique embarquée, algorithmie et biomatériaux.
Pour les acteurs industriels, les enjeux dépassent la seule performance clinique : capacité de production, fiabilité long terme, accès au remboursement et acceptabilité sociétale conditionnent le passage à l’échelle. Autant de sujets sur lesquels l’expertise terrain, comme celle des spécialistes cliniques, joue un rôle clé.
À travers cet échange avec Pauline Devaux, agap2 affirme sa volonté de comprendre en profondeur le marché de la santé, d’écouter la voix des acteurs de terrain et de valoriser les expertises qui façonnent la médecine de demain.
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